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Le Muet - Hamza Marzak dans la presse

La force des mots, la beauté les choses et l’attention de l’être humain - Journal Al Bayane - Maroc - le 3 juin 2021


  • Arts & culture

3 juin, 2021 - 6:00


Entretien avec Abderrazzak Hamzaoui Par Noureddine Mhakkak





Né en 1963, Abderrazzak Hamzaoui (Hamza Marzak) est ingénieur et maitre Praticien en (PNL) programmation neurolinguistique. Il a animé plusieurs conférences sur le développement personnel et le pouvoir créatif de l’individu. Il est habité par le questionnement de la culture marocaine et celle arabo-musulmane en général, pour découvrir son impact sur la façon de penser de l’individu et ses conséquences. En 2020, il publie son premier Roman : « Le Muet », fruit de quatre années d’effort aux éditions 7e Ciel (www.e7ciel.com).


Entretien :

Que représentent les arts et les lettres pour vous ? Les arts représentent la vie ou plutôt ses manifestations qui sont l’agencement de beaucoup d’éléments pour se représenter en toute beauté. La nature, par l’évolution de ses composants, les fait converger vers des objets perfectionnés, sculptés même et affinés, elle a fait des millions voire des milliards d’années pour confectionner des éléments et les rendant des objets beaux, plutôt vivants. Pensez à un paysage sculpté par l’érosion, à une plante ou un arbre, à son fruit ou à ses fleurs, à son environnement qui crée autour, vous trouverez sûrement de la beauté. Les artistes ont beaucoup à apprendre de la nature. Chacun parmi nous, dans un domaine qui lui est particulier, sait déceler des incohérences ou des agencements et imagine d’autres qu’ils auraient pu être. Ce qui fait la différence c’est qu’il y a ceux qui l’expriment sous format d’images, elles aussi sous forme de mots et des lettres, pour les partager avec les autres. Ce sont les artistes. Ils imaginent les objets de la nature autrement, détectent facilement ce qui manque et le comblent par leur imagination, à force de le faire ils perfectionnent facilement leur faculté jusqu’à ce qu’il commence à voir partout de la beauté, l’expriment et la partagent en toute facilité. Les lettres, à mon sens, décrivent certes la beauté pour la transmettre, mais ce qu’ils peuvent faire sûrement c’est d’attirer l’attention de l’être humain vers elle, vers ce que la nature a créé et continue de le faire, vers la vie.

Que représente l’écriture /La lecture pour vous ? Ça ne vous est jamais arrivé de lire un roman ou un essai et espérer que ce soit écrit autrement ? Avoir entendu la réponse d’un invité « de référence » à une question d’un animateur « de référence » dans le cadre d’une émission « de référence » qui traite un thème qui vous tient à cœur et la réponse ainsi que le raisonnement était pour vous peu convaincant ? Ça m’est arrivé plusieurs fois, je l’espère pour vous aussi. Après tout ça et lorsque vous vivez une expérience, émotionnellement intense et qui confirme ce que vous étiez en train de penser, une force forte au fond de vous-même vous pousse à partager la leçon. L’écriture dans ce cas, devient le seul pur secours et source d’apaisement, en tout cas pour moi. Je l’espère pour vous aussi. Toute idée est en elle-même géniale, certes, mais elle est comme un embryon, il faudrait l’entretenir et la développer en toute patience et passion. Pour pousser l’idée à se manifester, je glane, pendant parfois des années, tout document, article, vidéo ou publication et guette toute expérience, utile à mon sens. Encore faut-il tout structurer. Le carbone et le diamant sont de la même substance. C’est l’organisation qui fait toute la différence. L’un noircit et salit, mais l’autre brille et éblouit. L’un on le jette et l’autre on le garde pour impressionner autrui pendant chaque occasion de fête. Une narration imaginée a besoin d’une structure, comme tout ouvre d’art s’adosse à une architecture. Elle le tient, le maintient, assure sa permanence, l’organise, l’assemble et lui procure sa vraisemblance. Et puis, la beauté de tout art est dans l’agencement de ses éléments et de leur ordonnance. Le petit monde est finalement créé, on y laisse les personnages agir en toute liberté. On les écoute, les voit, les sent et vit avec eux leurs joies et difficultés. Ils vont certainement dialoguer avec nous, nous surprendre, nous contredire, nous poser leurs questions et surtout nous faire voyager. Je l’espère pour vous aussi.

Parlez-nous des villes que vous avez visitées et qui ont laissé une remarquable trace dans votre parcours artistique. J’ai eu l’occasion de visiter plusieurs villes dans les quatre coins du monde, Paris, New York, Denver Atlanta, Toronto, Perth, Melbourne, mais aussi, le Caire, Alexandrie, Tunis, Alkhartoum, Dubaï, Almadina et la Mecque, Capetown, Acra et Bamako… Chacune de ces villes m’a impressionné à sa façon, et je continue à apporter dans mon esprit une part ces villes, depuis la beauté et la propreté des villes comme Melbourne, la profondeur de l’histoire au Caire jusqu’à la sacralité du lieu à la Mecque. J’ai visité toutes presque toutes les villes du Maroc. Chacune d’elle aussi m’a affecté à sa façon et chacune d’elle a sa beauté qui lui est particulière, mais en toute sincérité la ville qui m’a impacté le plus c’est la ville charmante d’Essaouira. Elle est accueillante par la chaleur de ses habitants, leur regard profond et charmant et par son climat tout le temps doux. Elle offre les services d’une grande ville et aussi le calme et la douceur d’une autre petite. En plus de la ville et l’humilité de ses habitants, j’étais surtout influencé par des jeunes qui, à partir des produits de ferraille, arrivent à créer des objets artistiques de grande valeur, des sculptures à partir des fils de ferrailles, des écrous et boulons. Ils conçoivent et construisent des bouquets de fleurs de fils délaissés qu’ils tissent. Des objets d’art. Je les salue de tout mon cœur.

Que représente la beauté pour vous ? Je vais vous répondre par une petite histoire. Il était une fois un petit garçon, il décida d’écrire sa biographie.Il ne savait ni par quoi ni comment commencer, si ce n’est que l’écriture est un art et l’art est l’une des expressions de la beauté. Il entama son voyage pour sa quête pendant des jours et des nuits jusqu’à ce qu’il atteigne une plaine parsemée de bicoques éparses. Il resta debout, méditant, fortement épuisé. Abattu et affamé par l’effort du long périple sans fin, l’esprit plein de questions sans réponses, il chercha d’abord de quoi assouvir sa faim, s’approcha d’une bicoque isolée, s’invita chez l’habitant paysan, qu’il trouva allongé, menant avec quiétude sa vie, à l’ombre d’un arganier, seul arbre dans le lieu, sous un soleil brûlant. — La grâce est venue avec vous ! Le ciel est devenu fécond et beau ! dit le paysan qui, n’ayant pas vu de visiteur depuis longtemps. Le dernier mot frappa l’esprit de l’aventurier. — Avec cette chaleur à couper le souffle, c’est beau ? — Il y a plus d’un signe. Le vent qui se rafraîchit, l’air qui s’humidifie, les bribes de nuages qui s’amassent. Oublie l’état des objets et concentre-toi sur ce qui est en mouvement. Un signe pourrait mentir, plus de deux, jamais. — Trois signes, répondit l’aventurier, voulant montrer qu’il avait parfaitement appris la leçon. — Et toi, porte-bonheur, font quatre ! Quel agencement ! Quelle beauté ! Le voyageur fut pétrifié d’étonnement en entendant encore le mot beauté. — Comment pourrais-je moi aussi déceler ces signes ? ……. Deux mois après l’arrivée du voyageur, ils sortirent faire paître les chèvres. Ils marchaient derrière elles, le paysan, chantonnant, faisait bouger une pierre, caressait une herbe, parlait parfois avec ses chèvres. Il jetait de temps à autre un regard plus loin et souriait à l’aventurier, qui restait rongé de soucis et plein de curiosité. Plus le paysan se brûlait d’émerveillement, plus l’aventurier s’enflammait d’angoisse et d’appétit de connaissances non satisfait ! Ne sachant pas quoi faire, ne pouvant plus résister longtemps, il aborda promptement son compagnon : — Je donnerais ma vie pour comprendre ce qui te charme ! Il s’arrêta un moment, puis il continua : — Ma joie s’intensifie devant la beauté ! L’aventurier, consterné à en mourir, mais d’une oreille fortement sensible, répliqua : — Chaleur intense qui arrache le souffle, devant des tas de cailloux et tu parles de beauté ? Le berger sourit sans répondre, lui montra une toute petite rose d’une herbe minuscule, à l’ombre d’un tout petit caillou. L’aventurier voulut la cueillir lorsque le berger l’arrêta rudement, mais poliment : — Observe-la, vénère-la, avant de la couper ! L’aventurier plongea un regard intense sur la petite fleur, la mince tige qui la supportait et la petite ombre du tout petit caillou. On aurait dit qu’il découvrait un mystère. Il prononça : — Tout est agencé ! — La beauté est partout, il suffit de l’observer ! lui répondit le paysan, émerveillé. Ils continuèrent leur parcours jusqu’à ce qu’ils arrivent devant un lac, calme, apaisé et apaisant, d’un bleu sublime, sous les rayons chatoyants du soleil, comme un matin de printemps. Le paysan abreuva ses chèvres, mais l’aventurier resta à méditer devant. Il vit son visage bien réfléchi sur la surface limpide du lac, le vent tiède du désert le démangea et fit ondoyer son image comme sur un miroir dansant, sans qu’il bouge. Plus il la voyait, plus elle lui paraissait belle. Il restait absorbé par elle jusqu’à ce qu’il entende la voix larmoyante du paysan : — Je donnerais ma vie pour comprendre ce qui te charme. L’aventurier se retourna comme s’il se réveillait brusquement d’un long sommeil, découvrit le paysan à sa droite, les larmes aux yeux et les bras ouverts pour l’étreindre ! — Quelle beauté ! Tout ce qui est autour de moi reprend sens. La beauté est tout près de nous, à la surface d’un lac comme à l’ombre d’un petit caillou, il suffit d’avoir des yeux, dit l’aventurier. — Je sens que le moment de nous séparer approche. Il décida d’entamer l’écriture de sa biographie. Pour cela, il revivrait sa vie, mais avec ses propres yeux, ceux de la beauté.

Parlez-nous des livres /films que vous avez déjà lus/vus et qui ont marqué vos pensées. Parmi les livres qui m’ont impressionné, je peux citer quelqu’un sans prétendre être exhaustif. Dans les grands classiques je commence par, « À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust. J’ai bien aimé le voyage du personnage-narrateur aux profondeurs de l’esprit humain pour découvrir finalement que la beauté pourrait être la branche de salut pour retrouver le temps recherché, dans le temps retrouvé. J’ajouterai souvenirs de « La maison des morts » du grand Dostoïevski. Il a réussi à faire montrer la beauté là où elle n’était pas prévue, le comportement des forçats, il était tout simplement génial. Je ne peux pas ne pas dire un mot à propos du roman « Les raisins de la colère » de John Steinbeck pour son alternance des actions des personnages et l’influence du contexte dans lequel ils agissent, le personnage le plus influant. Pour les écrivains marocains francophones, je citerais « Le fond de la jarre » d’Abdellatif Laâbi. Un voyage aux profondeurs de la culture marocaine et il nous montre comment le collectif pourrait avoir sa prééminence sur l’individuel. J’ajouterai « Légende et vie d’Agoun’chich » de Mohammed Khair Eddine. Il traçait le voyage initiatique d’un aventurier qui voyait le contexte où il vivait évoluer devant lui sans qu’il puisse le contrôler. J’ai sûrement oublié beaucoup d’autres.

Parlez –nous de vos projets culturels /Artistiques à venir. Les projets qui sont en cours, traitent le thème de l’influence du fait de raconter des contes sur les petits, mais aussi sur les grands, force douce et puissante de la littérature.

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