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Les Fables d'Amassolou en Pays Dogon - Le Fétiche Dogon - Extrait


Bonjour les ami(e)s,

En réponse à la demande générale, voici la première fable du recueil "Les Fables d'Amassolou en pays Dogon".


Le Fétiche Dogon - Amassolou Guindo - Les Fables d'Amassolou en Pays Dogon



Aussi loin que remonte ma mémoire, un peuple vivait au pied de la falaise de Bandiagara en un lieu nommé pays dogon.

À deux kilomètres l’une de l’autre, une famille nommée Dogon vivait au pied de la montagne et une autre, nommée Peuhl, résidait sur une dune de sable.

Un jour, un Peulh se dirigea vers la brousse avec son troupeau de vaches et rencontra une dame très âgée, inconnue en ce pays, assise au beau milieu du chemin, les jambes étendues par terre.

Le Peulh piétina cette vieille dame alors qu’il tentait de rattraper un de ses bœufs qu’il avait aperçu au loin.

Très surprise, la vieille se mit à réfléchir.

Un peu plus tard, un Dogon de la falaise, équipé de sa dabas[1] et d’une gourde d’eau, quitta son champ de mil et s’engagea sur la même route.


À quelques pas de la dame se présenta ce cultivateur.

— Bonjour, grand-mère, allez-vous bien ? S’il vous plaît pourrais-je passer sur cette route ?


— Bien sûr, jeune garçon, répondit-elle en ramenant ses pieds.

Le Dogon traversa en la remerciant.

Désirant lui adresser un dernier signe, le jeune paysan se retourna mais ne vit plus personne ni même la moindre trace à l’endroit où elle était assise quelques secondes plus tôt. Il douta alors de la réelle existence de cette dame et en conclut que c’était sans doute un rêve.

Désireux d’en garder le souvenir, il ramassa un peu de boue de cet endroit et continua son chemin vers les champs.

Le soir venu, le Dogon alla voir le renard de la divination afin de lui décrire son étrange expérience.

Très étonné, le renard lui fournit cependant quelques explications :

— C’était notre Dieu qui était venu contrôler le comportement de la nation. Si tu peux retrouver cet endroit, il faut aller y ramasser un peu de boue là où la vieille était assise, lui expliqua-t-il.

— J’ai déjà cette boue sur moi, lui répondit le jeune homme.

Le renard, très heureux de cette réponse, reprit :

— Va dans ce cas construire une petite case pointue avec cette terre et verses-y chaque matin de bonheur le sang d’un coq ou d’un mouton ou encore d’un bœuf. Tu prieras ensuite et obtiendras tout ce que tu aimes en cette vie, mais attention, si tu ne parviens pas à le satisfaire, ce fétiche te mangera !

— J’ai très bien compris, grand renard de la divination, lui répondit-il.

— Sans plus attendre, le jeune Dogon se mit à construire et sacrifia un coq noir sur cette case pointue.



Une semaine de prières plus tard, ce Dogon eut en retour des bonheurs de toute sortes. Très curieuse de ce succès, la famille voisine le surveilla en catimini et finit par trouver son secret.

Ils le copièrent donc, et ainsi de suite de famille en famille.

Ce fut finalement le village tout entier qui se mit à adorer cette pratique extraordinaire, et plus tard d’autres villages jusqu’à former une région tout entière nommée pays dogon. C’est aussi ce jour que le sacrifice sur la case pointue naquit.

Un autre jour, un chasseur partit en brousse et passa de forêt en forêt en quête de gibier. Éreinté, il choisit de se reposer au pied d’un grand arbre. Regardant vers le ciel, il discerna un petit arbuste poussant sur le tronc. Curieux de nature, il grimpa sur l’arbre pour le cueillir.



Une fois au sol, le petit arbuste se transforma dans sa main en une tête à quatre yeux dont deux étaient placés à l’avant et les deux autres à l’arrière. Sans crainte aucune, le chasseur garda cette tête dans sa main. Soudain, celle-ci se métamorphosa à nouveau en un chat noir. Il ne bougea toujours pas. Ce chat se transforma ensuite successivement en lion, en crocodile, pour finalement devenir un géant de forme humaine, qui dès son apparition le salua.

— Mon brave chasseur, toi qui es le plus courageux, je t’offre cette statuette. Mais surtout n’oublie pas, tu devras verser du cola[2] écrasé dessus ou du lait de vache si tu ne veux pas qu’elle t’apporte le malheur, proclama-t-il en lui tendant l’objet.

— Bien sûr, lui répondit-il en le remerciant vivement.

C’est ce jour-là, et suite à ces deux actions extraordinaires, que fut créé le fétiche dogon.



Moralité

Prendre bien soin des gardiens de ta maison écarte le malheur



[1] La dabas : houe à petit manche. [2] Cola ou kola : graine du kolatier, contenant des alcaloïdes stimulants.


COPYRIGHT Éditions 7e Ciel - Avril 2020

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